Voyager en Jordanie, comme je l’ai mentionné avant le voyage, a quand même été un petit défi. En dehors de la bulle de sécurité, l’Europe et, de plus, un pays du Moyen-Orient. De toute façon, j’ai ressenti une certaine inquiétude quant à la façon dont il serait possible de voyager seul et de la façon dont je serais accueillie en tant que seule voyageuse ici.Tellement armé d’une quantité inhabituellement importante de vêtements couvrant ma valise, je suis parti.
Chauffeur propre et voyage pré-réservé sur mesure
Je croyais avoir préparé chaque détail, pourtant, même à Aqaba, je me suis senti exposé. L’organisation du voyage à l’avance et la présence d’un chauffeur attitré dès l’aéroport d’Amman, pour m’accompagner tout au long de ces neuf jours, ont compté plus que je ne l’aurais cru pour ma tranquillité d’esprit. Dès la zone de contrôle des passeports, un membre de l’agence m’attendait, visa en main, pour m’aiguiller vers la bonne file. Pendant que la queue pour le visa à l’arrivée stagnait à côté, la mienne avançait à vive allure, un contraste saisissant, surtout après une nuit de vol.
L’aller-retour avait été orchestré par Evaneos, un intermédiaire suédois qui connecte les voyageurs à des agences locales pour des circuits sur mesure. Hôtels, guides, transferts : tout était sécurisé, et ce choix s’est révélé judicieux, surtout pour un périple en solo dans une destination comme la Jordanie. Même pour quelqu’un habitué à voyager seul, cette logistique rodée change tout.
La situation des femmes en Jordanie Le conducteur peut aussi aider à marcher
La Jordanie partage des codes avec ses voisins du Moyen-Orient, mais se distingue sur bien des points. Contrairement à l’Arabie Saoudite, les femmes disposent d’une marge de choix bien plus large dans leur vie quotidienne. Dans les campagnes, il est courant de voir des femmes portant hijab ou niqab, menant une vie discrète, souvent à l’intérieur. Mais à Aqaba, le contraste saute aux yeux : certaines femmes se promènent en duo, parfois dans des tenues vives et soignées. Le voile, les jupes longues et les manches couvrantes restent la norme, mais la palette de couleurs varie.
Un guide local m’a confié que la tendance générale est à davantage de pudeur vestimentaire. Sa propre mère, autrefois en jupes courtes dans les années 1960, a fini par adopter le voile. Ce glissement générationnel témoigne d’une évolution des mentalités, pas d’un retour en arrière mais d’une relecture des codes.
À Amman, la diversité frappe : il n’est pas rare de croiser des femmes en vêtements occidentaux, à égalité avec les tenues traditionnelles. Aujourd’hui, la plupart peuvent décider de leur mariage, même si un homme peut encore avoir jusqu’à quatre épouses. Le divorce est accessible, à l’initiative de l’un ou l’autre. Dans les hôtels et restaurants, le personnel reste presque exclusivement masculin, et les rares femmes croisées dans le secteur touristique sont souvent d’origine étrangère. L’enseignement fait exception, avec des institutrices jordaniens. Sur la route, la conduite reste majoritairement une affaire d’hommes. Lors d’un contrôle de police, la surprise de voir une femme au volant était palpable : « Tu conduis, toi ? », une question qu’on ne poserait jamais à Paris ou à Berlin.
Sécurité
Sur la question de la sécurité, la Jordanie n’a rien d’une terre d’abandon. Les grands hôtels appliquent des contrôles draconiens : fouille du coffre à l’entrée du Hilton Dead Sea, passage de tous les bagages au scanner, contrôle des clients également. Même scénario au Kempinski d’Aqaba, où je me suis arrêtée pour un déjeuner. Des agents patrouillent régulièrement dans les jardins et les halls, veillant à tout ce qui bouge.
Lors de notre traversée du pays, la police effectuait des contrôles fréquents. À l’approche d’Aqaba, les questions sur la nationalité fusaient. Un jour, mon chauffeur m’a raconté avoir transporté une voyageuse colombienne : la police avait alors passé la voiture au peigne fin. Après les attentats au Sri Lanka, survenus juste avant mon arrivée, ces précautions prennent tout leur sens. Même lors de mes balades, de jour comme de nuit, la sensation de sécurité persistait.
Contributif Amman
Globalement, l’accueil des Jordaniens envers les voyageurs est irréprochable. Guides à Pétra, Bédouins du Wadi Rum avec leurs chameaux, tous ont fait preuve d’une politesse indiscutable. Bien sûr, les regards parfois étonnés à l’idée de me voir seule en voyage, et l’amusement discret des serveurs du Hilton Dead Sea Resort lorsque j’ai commandé une pinte de bière, rappellent que certaines habitudes ont la vie dure. Mais le professionnalisme et l’attention surpassent de loin les petits moments d’inconfort.
Impossible de nier, toutefois, une petite gêne latente : la sensation de ne pas être perçue tout à fait comme un homme, ni traitée comme telle. On sent parfois que la parole d’une femme pèse moins, que l’interlocuteur cherche ses repères. Les automatismes culturels persistent, et il faut parfois insister pour s’imposer.
J’ai clairement choisi la voie la moins simple en partant seule au Moyen-Orient. Il faut alors se forger une carapace, montrer que l’on tient bon, que cette « madame » n’entend pas faire demi-tour à la première hésitation. C’est aussi ça, voyager en Jordanie quand on est une femme : tracer sa route, même quand le terrain n’est pas encore tout à fait défriché.




