Le Mauser M98 n’a pas seulement traversé les époques, il a aussi été façonné par les plus grands noms de l’armurerie. Dès 1899, John Rigby & Co s’allie à Mauser pour adapter la boîte du M98 au calibre Magnum Nitro Express .400/350. Rigby devient alors le représentant exclusif de Mauser au Royaume-Uni et dans ses colonies, un partenariat qui s’interrompt à la veille de la Première Guerre mondiale, en 1912, lorsque l’Europe bascule vers la tourmente. D’autres grands fabricants allemands, parmi lesquels Sauer, Blaser ou Krieghoff, se lancent à leur tour dans l’aventure et proposent des armes capables d’égaler la qualité Mauser. Pourtant, aucun ne parvient à détrôner la mécanique du 98. Même les R93 et R8 de Blaser, véritables innovations, n’ont pas réussi à effacer la suprématie du légendaire mécanisme Mauser.
Embout
Chaque pièce d’acier du M98 est travaillée avec une attention qui force le respect. Le réservoir respire la qualité, tout comme le polissage méticuleux qui laisse la dernière pièce parfaitement lisse, à l’exception du fond de choc, où subsistent quelques micro-aspérités sans la moindre conséquence sur l’usage. Ce fusil s’articule autour d’une conception qui a fait ses preuves : deux verrous, à l’avant et à l’arrière, assurent la sécurité. L’originalité ? Une longue traction permet à la pièce finale de pivoter. En action, la partie inférieure extrait une cartouche du magasin, la fait glisser dans la rainure, puis tout l’ensemble se met en place. Les talons de verrouillage s’ancrent lorsque la poignée est abaissée. Simple, efficace, sans compromis. Mais attention à la tentation de forcer une cartouche supplémentaire dans la chambre en la pressant dans le chargeur : ce geste oblige l’extracteur à passer par-dessus la collerette de la douille, ce qui impose une contrainte inutile à l’acier et peut provoquer des incidents, comme l’ont découvert certains utilisateurs de mécanismes mauser de Husqvarna. Malgré tout, la réputation du M98 n’est plus à faire : sa fiabilité a conquis les chasseurs professionnels, notamment en Afrique, où il est devenu un compagnon de confiance.
Fusible
Le fusible à drapeau d’origine a laissé place à un dispositif horizontal à trois positions, conservant la même logique : il bloque la tige de percuteur, libère la barre de gâchette et verrouille la dernière pièce. Ce système n’est pas totalement silencieux, mais avec un peu d’habitude, il se manipule en toute discrétion. En mode sécurisé, la clé reste bien protégée. Le risque d’une désactivation accidentelle semble donc minime.
Sous-raccords en acier
Le mariage entre les sous-raccords et la crosse témoigne d’un ajustement précis et solide. Tous les éléments, y compris la partie chargeur, sont conçus en acier : rien n’a été négligé. Un détail remarquable : la vis croisée et la vis à boîte sont agencées de manière à ce que leurs fentes soient parfaitement alignées sur l’axe de l’arme. Le fond du magasin s’ouvre par un bouton situé sur le bord avant du pontet. Un angle d’ouverture limité empêche les cartouches de tomber en main lors du déchargement, même si une ouverture un peu plus large aurait pu simplifier la manœuvre.
Mécanisme dépresseur
Le Mauser M98 Standard Diplomat hérite du système de détente du M98 Magnum : une large queue de détente qui offre un contact agréable sous l’index. Les anciens modèles Mauser présentaient souvent une course irrégulière. Ici, la course est courte, nette, sans frottement parasite.
Crosse droite en noyer
La version Standard Diplomat du M98 arbore une crosse en noyer de grade 5, dont le veinage attire l’œil. Il est possible d’opter pour un bois de qualité supérieure, mais cela se répercute sur le tarif. Le busc affiche une ligne harmonieuse et l’avant de la crosse se termine par un insert en ébène. Mauser a appliqué un masticage soigné pour obtenir une finition mate particulièrement réussie. À l’intérieur du canal de canon, la finition est moins poussée, sans réelle incidence sur le tir. La prise en main bénéficie d’un quadrillage serré, réalisé à la main, sur la crosse avant et la poignée pistolet. Un insert plastique, parfaitement intégré, améliore encore la précision. Le boîtier arrière est renforcé par un manchon d’acier, gage de robustesse. L’ensemble respire la solidité. Mauser a également équipé l’arme d’une plaque de couche amortissante, pour un confort de tir non négligeable. L’ajustement entre la plaque de couche et la crosse est irréprochable. La poignée pistolet se termine par une plaque d’acier ornée du logo Mauser. La boîte du Standard Diplomat reprend la forme traditionnelle, exigeant une hauteur spécifique pour les talons de montage. L’exemplaire testé était équipé d’un montage Warne, assorti à une lunette Zeiss Victory HT 2.5×10/50, une combinaison efficace. Pour ma part, j’aurais préféré un montage à démontage rapide, sans outil. Un modèle Victory V8 1-8/30 pourrait constituer une alternative intéressante pour la chasse active. Les goûts divergent, chacun ses préférences. La hausse montée offre une hauteur idéale par rapport au busc.
Sur le terrain, notamment lors d’une traque à l’élan, la prise en main s’est montrée sans surprise : sécurité rassurante, précision conforme aux attentes. Le calibre, historiquement utilisé comme munition de tireur d’élite, tient son rang. La crosse droite facilite le tir sur appui. Avec un poids de 3,6 kg (sans la lunette), l’arme reste bien équilibrée. J’ai testé différents types de munitions : Norma Oryx, Lapua Naturalis, Blaser CDP et Blaser CDC. Tous se sont illustrés par leur régularité. Les groupements les plus serrés ont été obtenus avec les Blaser CDC et Lapua Naturalis (environ 20 mm), mais les autres lots n’étaient pas en reste. Même les cartouches Norma Hunting Match ont donné d’excellents résultats.
Détails
Le Mauser M98 Standard Diplomat regorge de petites attentions qui séduiront les amateurs avertis. Les sous-raccords et la base du chargeur, tous deux en acier, affichent une finition irréprochable. Sur le canon, un anneau pour la bretelle rappelle les grandes heures des fusils de safari anglais, tout comme l’anneau de guidon. Autre détail révélateur de la qualité : la doublure du support inférieur et les vis à rosette de la poignée pistolet. Rien d’impossible, mais un soin du détail qui se fait rare. L’ajustement bois-métal est particulièrement réussi. Canon et sous-raccords présentent une finition noire mate résistante et sans reflets, résultat d’un traitement de nitruration au plasma, comme le précise le site de Mauser.
Résumé
Après l’essai du Mauser M98 Magnum en .375 H&H, qui avait déjà marqué les esprits, la version Standard Diplomat propose une alternative plus légère, disponible dans des calibres courants en Suède et en Europe. L’avenir dira comment se comporteront les chiffres de vente. Sur le plan de la qualité, le Diplomat Standard M98 affiche une maîtrise de plus en plus affirmée. Reste à savoir si le tarif deviendra, à terme, son point faible.

