Les incontournables à découvrir lors d’un voyage au Cambodge

Bien que le Cambodge soit l’un des pays les plus pauvres du monde, il est très riche en chaleur humaine, en gentillesse et en contrastes. D’un côté, et du côté dur, se trouve une histoire contemporaine et cruelle. Ce sont surtout les années des Khmers rouges qui ont impliqué des exécutions massives, la famine et la guerre civile. D’autre part, le pays a une nature fantastique, une culture exotique et la population est extrêmement amicale, donnant une impression durable.

Même un foyer pour les esprits

Dans tout le Cambodge, le bouddhisme imprègne la vie de presque tout le monde : 95 % des habitants le pratiquent. Mais à côté des statues dorées et des pagodes, on croise aussi des croyances venues d’ailleurs, l’hindouisme en tête, et des superstitions bien ancrées. L’idée que chaque maison ou terrain abrite un esprit qui a droit à sa place est profondément ancrée. Pour respecter cette présence, on installe une « maison des esprits », petite construction souvent décorée, à laquelle on accorde même une certaine rivalité de prestige. Plus la demeure offerte à l’esprit est imposante, plus la famille est censée afficher sa générosité. On peut en croiser partout, jusque dans des salles à manger où les clients s’accordent une pause, parfois suspendus dans un hamac à côté de ces autels miniatures.

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Trains de bambou à Battambang

À Battambang, le train de bambou file à 15 km/h, mais sur ces rails cabossés, on se croirait lancé à toute allure. Remontant à l’époque coloniale, il fut abandonné lors du passage des Khmers rouges. Les habitants, débrouillards, ont alors bricolé un système ingénieux : un châssis en bois, des tapis de bambou, et un moteur de tondeuse à gazon. Résultat, ce « train » transporte une douzaine de personnes sur 3,7 km, entre O Dambong et O Sra Lav, puis repart dans l’autre sens. Le trajet traverse des ponts précaires et une végétation dense, offrant une expérience unique. Pour les voyageurs, mieux vaut prévoir une bonne assurance santé avant de grimper à bord.

Skraniums en stupa

De loin, ce stupa ressemble à bien d’autres, mais un regard attentif révèle une réalité glaçante : derrière la vitre, des crânes s’alignent. Ce monument se dresse au sommet du Phnom Sampeau, une montagne où plusieurs grottes ont servi de lieux d’exécution pendant la période des Khmers rouges. Des milliers de personnes y ont été précipitées dans l’obscurité des « Killing Caves ». Entre 1975 et 1979, près de deux millions de Cambodgiens ont perdu la vie, victimes d’exécutions ou de la faim, les récoltes étant confisquées. Le régime de Pol Pot visait à éliminer les intellectuels, médecins, enseignants, et même ceux qui portaient des lunettes, considérés comme opposés à leur vision d’un État paysan radical.

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Araignées frites

Skuon, petite ville sur une route poussiéreuse, a vu naître une tradition devenue célèbre. Sous Pol Pot, la famine a poussé les habitants à se nourrir d’araignées géantes, capturées à même le sol ou dans leurs terriers. Après avoir été trempées dans la sauce soja, elles sont frites jusqu’à devenir craquantes. Scorpions, larves et coléoptères subissent le même sort et figurent désormais parmi les spécialités locales. Sur les marchés ou dans la rue, les étals débordent et l’odeur attire les curieux, tandis que les prochains lots attendent déjà dans les casseroles bouillonnantes.

Angkor Vat, le plus grand temple du monde

Impossible de parler du Cambodge sans évoquer Angkor Vat. Ce temple monumental, dont les tours ornent le drapeau national, s’étend sur une zone de 20 x 50 km. Il fut le cœur battant de l’empire khmer à son apogée, entre le IXe et le XIIe siècle, quand la ville aurait rassemblé jusqu’à dix millions d’habitants. Difficile d’en avoir la certitude, les maisons de bois ayant disparu depuis longtemps, malgré les recherches au lidar. Angkor Wat, littéralement « temple de la ville », fut bâti sous le règne de Suryavarman II, à une époque où l’empire khmer rayonnait sur le Laos, la Thaïlande et le Vietnam actuels.

Le temple est ceint d’un large fossé. Pour y accéder, il faut emprunter un pont orné de lions et de nagas, gardiens symboliques censés éloigner le mal. Aux abords, vendeurs ambulants et marchands proposent de quoi apaiser la soif et la faim des visiteurs. La visite d’Angkor Wat démarre généralement depuis Siem Reap, la seconde ville du pays, où l’on grimpe dans un tuk-tuk pour rejoindre le site.

Temple de la Jungle Ta Prohm

Parmi les centaines de temples d’Angkor, Ta Prohm reste l’un des plus fascinants. Situé dans la zone d’Angkor Thom, il fait partie de la dernière capitale de l’empire khmer, fondée par Jayavarman VII au XIIe siècle après le sac d’Angkor Wat par les Chams du Vietnam. Moins d’un siècle plus tard, l’empire s’effondre sous l’assaut des Thaïlandais. Depuis, les séismes, les ravages du temps et les Khmers rouges ont laissé leur empreinte. Aujourd’hui, Ta Prohm apparaît comme un enchevêtrement de pierres et de racines, où d’immenses arbres de 600 ans et 25 mètres de haut étreignent les murs. C’est ici qu’Angelina Jolie a tourné quelques scènes du film Tomb Raider, contribuant à la légende du lieu.

Villes du plus grand lac d’Asie du Sud-Est

Sur le lac Tonlé Sap, la vie s’adapte au rythme de l’eau. Les maisons, bâties sur pilotis en feuilles de palmier ou en tôle, flottent ou s’élèvent selon la saison. Ce lac, le plus vaste d’Asie du Sud-Est, passe de 3 600 km2 en saison sèche à 23 000 km2 pendant la mousson. L’explication tient à un canal artificiel de plus de 100 km, reliant le Tonlé Sap au Mékong. Quand les pluies arrivent, l’eau reflue vers le lac, puis repart vers le Mékong et la mer de Chine en saison sèche. Les habitants vivent surtout de la pêche, et quand l’eau grimpe, il faut sortir la barque pour circuler entre les maisons.

Les villes flottantes

Certains ont choisi une autre solution : vivre sur un radeau. Ces villages flottants permettent de déplacer sa maison selon les besoins, au gré de l’eau ou de la pêche. Le principe du premier arrivé, premier servi règne sur le lac. Beaucoup de familles vietnamiennes se sont installées ici, fuyant la guerre. D’autres ont été poussées par les conflits voisins, notamment la guerre du Vietnam, dont les répercussions ont touché le Cambodge. Des historiens avancent même que les bombardements américains ont facilité l’ascension des Khmers rouges. Ce sont les Vietnamiens qui, en 1978-1979, ont mis fin aux massacres lors de leur intervention militaire. Pourtant, la guerre civile a continué de secouer le pays jusqu’en 1998.

L’école est devenue une chambre de torture

À Phnom Penh, derrière des barbelés, un ancien lycée porte les cicatrices du passé. Ici, l’école Tuol Svay Pray a été transformée en centre de détention, S-21, lorsque les Khmers rouges ont envahi la capitale et vidé la ville de ses habitants. L’éducation a été remplacée par la terreur : médecins, enseignants, simples citoyens y ont été enfermés, torturés jusqu’à ce qu’ils « avouent » d’improbables crimes. Sur les 14 000 personnes passées par là, seules sept ont survécu. Aujourd’hui, le site est un musée où l’on découvre 6 000 portraits de victimes, des instruments de torture et d’autres témoignages glaçants. À l’extérieur de la ville, à Choeung Ek, s’étend l’une des 20 000 fosses communes du pays, où jusqu’à 1,3 million de Cambodgiens, y compris des enfants, ont été tués, souvent contre des arbres.

Les enfants de la rue ont une chance

Certains bâtiments coloniaux de Phnom Penh ont retrouvé vie grâce à un projet solidaire : ils accueillent désormais une école de restauration pour les jeunes en difficulté. Les élèves, anciens enfants des rues ou issus de familles précaires, apprennent ici un métier et trouvent parfois un emploi sur place, notamment chez Romdeng. L’adresse vaut le détour : cadre charmant, cuisine authentique, des plats évoquant la Thaïlande mais plus doux. Un exemple : une soupe de poisson du Tonlé Sap, des bananes vertes, quelques fourmis forestières pour relever le tout… et la promesse d’un avenir un peu moins rude.

Autour du mylret

Le Cambodge s’affiche jusque dans ses rues, où la couleur et l’inventivité règnent. À Battambang, Siem Reap ou Phnom Penh, on circule facilement en tuk-tuk, petite carriole tractée, ou en cyclo-pousse, assis à l’avant du vélo. La circulation est un ballet parfois chaotique, mais on s’y fait vite, et l’on finit par arriver à destination, souvent en négociant le prix. La monnaie locale, le riel, reste difficile à manier, mais la plupart des transactions se font en dollars américains, préférés par la population.

Capitale, Palais Royal et Mékong

Le Cambodge se présente aujourd’hui comme une monarchie, avec un système politique loin d’être limpide. Le premier ministre, Hun Sen, ancien Khmer rouge, dirige le pays depuis 1985, ce qui n’a rien d’exceptionnel tant ils sont nombreux à avoir un passé lié au régime. Son palais, situé entre les ambassades nord-coréenne et américaine, fait face au marché central et au point de rencontre du Tonlé Sap et du Mékong, la porte vers le Vietnam. Le roi Norodom Sihamoni, désigné par son père, a vécu à Prague et Paris pendant les années de guerre. Le palais royal, construit en 1860 en s’inspirant de celui de Bangkok, donne la mesure des difficultés du pays : il s’élève dignement, mais la comparaison avec son voisin thaïlandais rappelle le chemin qu’il reste à parcourir. Au pied du palais, la ville bruisse, la vie se faufile entre étals et rivières, et l’histoire continue de s’écrire, entre éclats de lumière et ombres persistantes.