Ce qu’il faut prévoir pour la durée d’une randonnée en Corse

180 kilomètres, 12 500 mètres de dénivelé et quinze jours de marche : ce sont les chiffres bruts, implacables, qui résument le GR20, ce sentier mythique qui traverse la Corse du nord-ouest au sud-est. Le GR20, ce n’est pas un simple fil rouge sur la carte : c’est une épreuve, un rite de passage, un défi pour les jambes, le souffle et l’esprit. Pas de place pour l’improvisation, ici, chaque étape se mérite.

Les informations essentielles à savoir sur le GR20

Pour visualiser concrètement ce que représente l’aventure, voici les principaux repères à garder en tête avant de se lancer :

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  • Durée du parcours : généralement 15 jours sur les sentiers
  • Distance totale : environ 180 kilomètres
  • Dénivelé cumulé : près de 12 500 mètres
  • Point de départ : Calenzana (à l’extrême nord-ouest de l’île)
  • Arrivée : Conca, dans le sud-est (parfois appelée « Conza »)
  • Itinéraire découpé en : 15 étapes
  • Période idéale pour randonner : de mi-juin à la fin octobre
  • Niveau exigé : condition physique solide, sûreté du pied, matériel adapté, absence de vertige
  • Hébergements et repas : nuits possibles sous tente ou dans les bergeries près des refuges ; repas et boissons chaudes servis dans les refuges.

Découvrir le GR20, sentier corse d’altitude

Traverser la Corse du nord au sud sur la Grande Randonnée 20, c’est arpenter plus de 180 kilomètres et braver un terrain souvent abrupt, où certains cols flirtent avec 2 400 mètres d’altitude. Définitivement reconnu comme l’un des itinéraires de montagne les plus difficiles d’Europe, le GR20 débute à Calenzana près de Calvi et s’achève à Conca, tout au sud-est. Tout au long du parcours, les marcheurs évoluent en pleine nature : forêts profondes, pierriers, lacs de montagne, et panoramas épiques sur une île profondément sauvage.

La majorité du sentier traverse le Parc Naturel Régional de Corse, balisé par des marques rouges et blanches sur arbres et roches. On est ici dans une Corse contrastée, exigeante, diverse à chaque recoin du sentier.

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La fenêtre optimale pour s’attaquer au GR20 s’étend de mi-juin à fin octobre, période où la neige et la glace desserrent leur emprise sur les crêtes. Aujourd’hui, chaque refuge propose à la fois des boissons et de quoi se restaurer chaud, une évolution confortable, car il n’y a pas si longtemps, il fallait tout porter soi-même. Les hébergements restent rudimentaires : sommaires abris, pas d’excès de confort, sac de couchage bien chaud requis. Le camping sauvage n’est pas permis, mais planter sa tente à proximité immédiate des refuges ou bergeries, oui.

Quinze jours au total : c’est le temps qu’il faut compter pour traverser toute l’île par la montagne. Même en été, des névés subsistent sur certains sommets : le GR20 aime rappeler qu’il n’est jamais totalement domptable. Il s’adresse à celles et ceux prêts à affronter hauteur, passages impressionnants, solitude. Hors saison, seuls quelques bergers et marcheurs opiniâtres rompent le silence. Là-haut, dans les hauteurs, la fatigue se transforme en intensité brute.

Détail des 15 étapes du GR20

Etape 1 : Calenzana à Ortu di u Piobbu

  • Distance : 10,5 km
  • Durée estimée : 5h24
  • Dénivelé : 1360 m positif / 60 m négatif

Le coup d’envoi à Calenzana met tout de suite dans le bain : la pente est rude, le sentier attaque fort au-dessus des rivières puis plonge sous les hauts pins et chênes. On atteint une selle herbeuse (la « bocca ») à mi-parcours, descend un peu, et remonte aussitôt. Certains passages, notamment vers Capu Ghiovu, imposent de la prudence, cordes à l’appui, émotions garanties. Passé le sommet, la fraîcheur des bouleaux vient ponctuer l’effort.

Etape 2 : Ortu di u Piobbu à Refuge de Carozzu

  • Distance : 8,5 km
  • Durée estimée : 3h30
  • Dénivelé : 790 m positif / 640 m négatif

Le décor change : on quitte les hêtres pour le granit, des dalles et blocs où la progression devient plus technique. La montée à la Bocca Piccaia offre un panorama exceptionnel sur le cirque de Bonifatu, impressionnant amphithéâtre naturel. Si le temps le permet, on aperçoit la Grande Barrière, frontière naturelle entre l’ouest et l’est de la Corse. Après Punta Ghialla et Bocca Carozzu, place à la descente vers le refuge.

Etape 3 : Refuge de Carozzu à Haut Asco / Altore

  • Distance : 4,5 km
  • Durée estimée : 3h30
  • Dénivelé : 780 m positif / 920 m négatif

Dès le départ, ascension énergique : 800 mètres de grimpette le long des gorges du Spasmiata, impressionnantes mais casse-cou si le terrain est humide. À travers terrasses et vallée, on atteint rapidement le lac de la Muvrella, puis la Bocca di Stagnu, carrefour clé du parcours.

À cette bifurcation, deux choix se présentent :

  • Version alpine : réservée aux randonneurs aguerris et avec météo favorable, l’ancienne route du GR grimpe via Bocca Culaghia, Punta Culaghia, Punta Stranciacone et la Brèche Missoghiu avant de rejoindre l’itinéraire classique.
  • Alternative plus douce : elle fait passer par la Muvrella vers Haut Asco, longeant le Monte Cinto. La descente, raide, offre de superbes visions sur la vallée.

Etape 4 : Haut Asco / Altore à Refuge de Tighiettu

Depuis juin 2015, une déviation s’impose à cause d’un glissement de terrain (marquage jaune sur le terrain). Une navette permet aussi de rejoindre plus facilement l’étape suivante.

  • Distance : 6,5 km
  • Durée estimée : 5h
  • Dénivelé : 1059 m positif / 798 m négatif

Possibilité de consacrer une journée à l’ascension du Monte Cinto (8 heures aller-retour) lors d’une pause à Haut Asco. Sinon, le sentier suit le ruisseau, traverse la forêt, puis serpente entre Punta Stranciacone et Punta Missoghiu avant le Col Perdu. Avec un peu de chance, vous croiserez des mouflons corse.

Jusqu’en 2015, le mythique Cirque de la Solitude faisait craindre le vide à de nombreux randonneurs, chaînes, pentes raides, et ambiance suspendue. Ce tronçon n’est plus ouvert, mais ceux qui l’ont franchi ne l’oublient pas.

Etape 5 : Refuge de Tighiettu à Ciottulu di i Mori

  • Distance : 6,5 km
  • Durée estimée : 3h30
  • Dénivelé : 620 m positif / 80 m négatif

Parfois, une variante grimpe sur le flanc du Monte Cinto : à réserver aux plus endurants. L’étape officielle serpente dans la vallée de Stranciacone : ruisseaux, forêts, halte possible à la Bergerie de Ballone, certains s’offrent même un petit repas sur place. Les férus d’authenticité font volontiers le détour par Calasima, plus haut village de l’île. Après la série de crêtes (Cinque Frate), arrivée au refuge.

En option, les grimpeurs émérites peuvent viser le sommet de Paglia Orba, considérée comme la « reine des montagnes corses ».

Etape 6 : Ciottulu di i Mori à Refuge de Manganu

  • Distance : 24 km
  • Durée estimée : 8h
  • Dénivelé : 643 m positif / 1033 m négatif

C’est l’étape marathon : 24 kilomètres, heureusement sur un terrain moins hostile. Le sentier longe le Golobach avec de nombreuses vasques naturelles, idéal pour ceux qui n’ont pas peur d’une baignade glaciale. Des variantes anciennes de bergers existent, mais mènent toutes à la Bocca Reta puis au lac de Nino, deuxième plus vaste de Corse (pas de baignade pour préserver cet écosystème sensible). Ensuite, direction massif du Rotondo puis le refuge, en croisant sur la route quelques bergeries et leurs spécialités locales.

Etape 7 : Manganu à Refuge de Petra Piana

  • Distance : 8,5 km
  • Durée estimée : 4h30
  • Dénivelé : 830 m positif / 589 m négatif

Passage à l’ambiance haute montagne : rochers, éboulis, peu d’ombre sous le soleil. La Brèche de Capitello dévoile d’un coup les lacs Capitello et Melo, surtout superbe à l’aube. Après Rinoso, le sentier grimpe au-dessus de 2 200 mètres puis plonge en direction du refuge, parfois dans une joyeuse « compagnie » de cochons corses semi-libres.

Etape 8 : Petra Piana à Refuge de l’Onda

  • Distance : 10 km
  • Durée estimée : 5h
  • Dénivelé : 490 m positif / 900 m négatif

Pour ceux qui veulent rallonger la découverte, l’ascension du Monte Rotondo offre une vue inédite, mais il existe notamment deux itinéraires entre Petra Piana et L’Onda :

  • Par la vallée du Manganello : descente vers les bergeries de Gialgo et Tolla, longue progression le long du ruisseau jusqu’à l’ambiance fournie de la vallée de Grottaccia.
  • Par la voie alpine : montée plus technique via Bocca Manganello, Bocca a Meta et Bocca d’Oreccia, avec des vues grandioses sur le Monte Rotondo.

Etape 9 : L’Onda à Vizzavona

  • Distance : 11 km
  • Durée estimée : 5h
  • Dénivelé : 711 m positif / 1221 m négatif

Encore deux variantes possibles : la crête de Muratello (panorama permanent, passages engagés) ou une alternative basse, plus abordable. L’ascension ouvre la vue vers le Monte d’Oro et de nombreux vestiges glaciaires : cirques, lacs, vallées érodées. Vizzavona marque la charnière du sentier et fut autrefois un haut lieu de villégiature. Aujourd’hui, la ville traverse le temps à son rythme tranquille.

Etape 10 : Vizzavona à Capannelle

  • Distance : 13 km
  • Durée estimée : 5h
  • Dénivelé : 890 m positif / 224 m négatif

Passe stratégique, Vizzavona voit démarrer ou finir la randonnée de nombreux marcheurs. Entrée dans la partie sud, moins accidentée mais plus riche en rivières. Première montée marquante jusqu’à la Bocca Palmente, col bien exposé aux vents, puis trois sommets se succèdent. Les ambitieux montent parfois jusqu’au Monte Renoso ; les chemins annexes n’étant pas toujours balisés, il faut rester vigilant.

Etape 11 : Capannelle à Refuge de Prati

  • Distance : 17,5 km
  • Durée estimée : 6h
  • Dénivelé : 890 m positif / 590 m négatif

Après quelques kilomètres en forêt et la traversée du ruisseau Casso, on grimpe vers le plateau de Gialgone. Plus loin, le col de Flasca, frontière naturelle de l’île, puis le col de Verde. Un dernier effort sur le bord du ruisseau Marmano, entre immenses sapins et lacets serrés, conduit au refuge de Prati.

Etape 12 : Prati à Refuge d’Usciolu

  • Distance : 10,5 km
  • Durée estimée : 4h
  • Dénivelé : 700 m positif / 750 m négatif

Le matin défile sur une crête à couper le souffle, parfois jusqu’à la mer si l’air est limpide. Étape technique, jalonnée de passages rocheux et de perspectives à répétition sur la vallée du Taravo et la plaine du Fium’Orbo. Après la Punta della Capella, le parcours longe la Mare a Mare Centro puis file sur la crête de Punta Mozza. Attention à l’eau : une seule source jalonne l’étape. Ceux qui veulent prolonger peuvent piquer un crochet par Catastagju ou Chisa.

Etape 13 : Usciolu à Refuge d’Asinao

  • Distance : 16 km
  • Durée estimée : 6h
  • Dénivelé : 1030 m positif / 1185 m négatif

Le plateau de Coscione, espace d’herbe et de liberté de 70 kilomètres carrés, accueille régulièrement cochons sauvages et sangliers en vadrouille. La fameuse « crête des statues » égrène ses sculptures naturelles, puis la pente se raidit jusqu’au Monte Incudine, sommet emblématique du sud de la Corse. Quand le ciel est clair, la vue porte sur la quasi-totalité de l’île. Une longue descente sobre sur le granite conduit au refuge d’Asinao.

Etape 14 : Asinao à Refuge de Paliri

  • Distance : 15,5 km
  • Durée estimée : 5h
  • Dénivelé : 650 m positif / 545 m négatif

La scène se déplace vers le massif de Bavella, ses aiguilles caractéristiques que certains comparent volontiers aux Dolomites. L’option alpine permet d’approcher de près ces sommets connus ; la tour III en particulier, accessible sans matériel technique pour les plus expérimentés, dévoile des perspectives inoubliables.

Le sentier principal, quant à lui, traverse forêts mixtes, pins laricio, rivières, et réserve parfois des rencontres avec les mouflons ou des rapaces planant au-dessus des falaises. Mais pour beaucoup, rien ne rivalise avec les couleurs du ciel au lever ou au crépuscule sur Bavella.

Etape 15 : Paliri à Conca

  • Distance : 12,5 km
  • Durée estimée : 4h
  • Dénivelé : 225 m positif / 965 m négatif

Dernière ligne droite : la montagne s’efface lentement devant la macchia, la descente devient plus douce, les cimes laissent place aux collines. Le sentier, sec en été, réclame une bonne réserve d’eau. Depuis la Punta di i Paliri, la mer apparaît enfin. Quelques virages plus tard, la macchia parfume l’air, des ruines témoignent d’une activité d’antan, puis arrivent les vasques parfaites pour un bain express, le soleil cogne fort à l’approche du sud. Encore une montée jusqu’à la Bocca d’Usciolu, puis la piste s’élargit nettement. Conca, petite commune de 300 habitants, signe la fin du parcours et permet de récupérer ou de rejoindre rapidement la plage de Favone pour une baignade et un repos sous la Méditerranée, vues sur l’horizon en prime.

À quoi bon s’élancer ?

Certains l’ont parcouru une fois et pensent déjà à y revenir. D’autres rêvent d’un accompagnement sur-mesure, ou d’une traversée hors des itinéraires balisés, guidés par l’expérience d’un montagnard local. Mais que l’on parte seul ou avec d’autres, rien ne remplace le vécu du GR20. Pas à pas, souffle court, mains sur la roche et vue perdue au loin, on écrit sa propre version de cette traversée. Et vous, quelle trace laisserez-vous sur la colonne vertébrale de la Corse ?